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11 juin 2026 · Edukfine

Tout est plus cher. Et le chiffre officiel a raison aussi.

Les prix ont pris environ 20 % en six ans en Côte d'Ivoire, pendant que « l'inflation baissait ». Personne ne ment. Voici les quatre mécanismes qui expliquent le malentendu.

Vous avez raison : tout est plus cher. Le riz, le transport, le loyer. Et le chiffre officiel, qui annonce 1 % d’inflation cette année, a raison aussi. Les deux sont vrais en même temps, et presque personne ne prend le temps d’expliquer pourquoi. Quatre mécanismes suffisent.

L’inflation est une vitesse, pas un niveau

Une voiture qui ralentit de 120 à 30 km/h avance toujours. L’inflation fonctionne pareil : « 3 % cette année » signifie que les prix montent encore, par-dessus toutes les hausses passées. En Côte d’Ivoire par exemple, la série est parlante : près de 6 % en 2021, plus de 5 % en 2022, presque 4 % en 2023, autour de 2 % en 2024, environ 1 % cette année. L’inflation « baisse ». Mais le cumul depuis fin 2019 atteint environ 20 %. Un cinquième de hausse en six ans, et les prix ne reviendront jamais à leur niveau d’avant. Ce n’est l’objectif d’aucune banque centrale au monde.

Quand vous dites « tout est plus cher », vous mesurez le chemin parcouru. Quand le bulletin annonce 1 %, il mesure la vitesse de cette année. Vous ne parlez pas de la même chose.

Votre panier n’est pas LE panier

Le chiffre officiel suit un panier précis. En Côte d’Ivoire, l’institut de statistique suit 969 produits dans plus de 12 700 points d’observation, pondérés selon le ménage moyen : l’alimentation y pèse un peu plus de 30 %. Mais un étudiant ou un jeune actif urbain ne dépense pas comme le ménage moyen. Son loyer, son transport, sa data, ses repas pris dehors pèsent davantage. Si ce sont précisément ces postes qui flambent, son inflation personnelle dépasse le chiffre national, sans que personne ne mente. Le chiffre officiel mesure le pays. Il ne vous mesure pas.

Votre mémoire surpondère le quotidien

Quand l’Europe est passée à l’euro, la Banque centrale européenne a mesuré un écart spectaculaire : les consommateurs percevaient une inflation de plus du double de l’inflation réelle. La raison est documentée : la mémoire retient les prix payés souvent. Le transport et le plat du midi, c’est tous les jours. Le loyer, une fois par mois. Le réfrigérateur, une fois tous les cinq ans. Si les petits prix du quotidien montent, votre tête conclut que tout a monté. Ce biais n’a pas de passeport : il fonctionne à Abidjan comme à Dakar comme à Paris.

Votre « avant » date d’avant le choc

Dernier mécanisme : quand vous comparez, vous comparez à quand ? Pour la plupart d’entre nous, le prix « d’avant » date d’avant la flambée de 2021-2022. Vous percevez donc le cumul du choc, et vous avez raison. Le bulletin, lui, parle de la vitesse de cette année, et il a raison. Le dialogue de sourds vient de là.

Calculez votre propre inflation

Trois étapes, avec votre téléphone. Un : listez vos dix dépenses récurrentes, les vraies. Deux : notez leur prix ce mois-ci. Trois : refaites le relevé dans trois mois. La différence, c’est votre taux, pas celui du ménage moyen. En négociation salariale ou en discussion de budget familial, ce chiffre vaut infiniment mieux qu’un « tout est cher » : il est à vous, et il est vérifiable.


Sources : séries IPC Côte d’Ivoire (FMI / Banque mondiale), cumul calculé par Edukfine ; ANStat, IHPC base 2023 ; Banque centrale européenne, Occasional Paper 186.

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