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11 juin 2026 · Edukfine

Entreprendre ou être salarié : ce que les chiffres disent vraiment

Taux de survie des entreprises, revenus médians comparés, et une expérience randomisée que personne ne raconte en entier. Décidez avec les données, pas avec les success stories.

Partout en Afrique francophone, le même discours revient : lancez-vous, créez votre entreprise, le salariat est une prison. Ce discours n’est pas faux par méchanceté. Il est faux par omission : il ne montre que les survivants.

Le cimetière invisible

Vous connaissez le nom de celui qui a réussi dans le transport ou l’import-export. Vous ne connaissez pas les noms des quinze autres qui ont vendu un terrain, cassé leur épargne, et fermé en silence. C’est le biais du survivant : on ne voit que ceux qui ont survécu, donc on croit que survivre est la norme. En Côte d’Ivoire par exemple, le chiffre officiel le plus cité parle de 80 % de PME qui ferment avant trois ans. Ce chiffre est mal mesuré, et le manque de suivi statistique des petites entreprises est documenté. Mais même à moitié vrai, il change la décision.

Les revenus, sans le filtre

Les enquêtes emploi de la région permettent de comparer ce que gagnent réellement les deux camps. En Côte d’Ivoire, la grande enquête ERI-ESI de l’Institut national de la statistique montre qu’un travailleur du secteur informel, là où démarrent presque tous les indépendants, génère en moyenne environ 87 000 FCFA par mois. Un salarié moyen tourne autour de 148 000 FCFA en équivalent plein temps.

Mais le salariat n’est pas un eldorado non plus : 56,8 % des salaires y sont inférieurs au SMIG. La vraie question n’a jamais été de savoir quel camp est magique. Aucun ne l’est. La vraie question : lequel est rationnel pour vous, maintenant, avec vos cartes.

Et il y a une carte que presque personne n’a. Les deux tiers des activités informelles démarrent sur l’épargne personnelle ou la tontine, un cinquième sur des prêts de la famille. La banque est quasi absente. Votre capital de départ, c’est votre famille, et votre filet de sécurité aussi.

L’expérience que personne ne raconte en entier

Tout ce qui précède décrit. Pour savoir ce que l’entrepreneuriat cause, il faut une expérience. Elle existe. En Éthiopie, des chercheurs ont tiré au sort des milliers de jeunes : les uns ont reçu 300 dollars de capital plus une formation business, d’autres une offre d’emploi en usine, les derniers rien.

Après un an, les « entrepreneurs » financés gagnaient 33 % de plus, avec des horaires plus stables. Cinq ans plus tard, les chercheurs sont revenus : convergence complète. L’avantage avait disparu, la plupart avaient fermé. Le capital de départ achète une avance réelle, mais temporaire, si l’activité n’a pas un avantage durable : une compétence rare, une clientèle fidèle, quelque chose que personne ne copie en six mois.

Rappelez-vous le contexte : ces jeunes-là avaient reçu le capital ET la formation. La grande majorité des créateurs de la région démarre sans aucun des deux.

Le test en trois questions

Avant de vous lancer, répondez honnêtement.

  1. Si vous gagnez zéro pendant dix-huit mois, qui paie votre loyer ? Si la réponse est « personne », le salariat d’abord n’est pas une défaite. C’est une stratégie de constitution de capital.
  2. Quelqu’un vous paierait-il aujourd’hui pour ce que vous savez faire ? Si non, allez chercher cette compétence en étant salarié chez quelqu’un qui l’a.
  3. Votre tolérance réelle, pas celle que vous affichez : deux à trois ans de revenus instables, des mois à zéro. Vous tenez ?

Et dans les deux cas, une action : si vous vous lancez, parlez cette semaine à trois personnes qui ont échoué dans le secteur visé, pas trois qui ont réussi. Les morts ne postent pas, mais ils parlent, si on leur demande.


Sources : INS Côte d’Ivoire, enquête ERI-ESI 2017 ; Blattman, Dercon & Franklin, American Economic Journal: Applied (2018) et Journal of Development Economics (2022) ; statistiques PME, ministère ivoirien des PME.

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